Compréhension des TGC et intervention auprès d’une clientèle présentant un syndrome d’Asperger

Par Isabelle Hénault, Ph. D., psychologue – 8 novembre 2011

 

Le vécu quotidien des personnes avec un syndrome d’Asperger (SA) est chargé de malentendus, ce qui a pour conséquence d’entraîner la survenue de différents comportements inappropriés. La personne avec un SA a de la difficulté à improviser ou s’adapter aux changements, ce qui entraîne des émotions telles que l’anxiété, la peur, la frustration ou la colère. De plus, les comportements inadéquats sont le résultat de facteurs précipitants. Ces facteurs déclenchent ou provoquent les comportements indésirables. Voici un aperçu des facteurs (Tréhin, C. 2005 dans Hénault, I. 2006) :

  • Santé/Médical
  • Sensoriel
  • Communication
  • Prévisibilité/temps
  • Social
  • Émotions
  • Motivation/intérêts

La gestion des émotions

Si la personne avec un syndrome d’Asperger est envahie par ses émotions, elle deviendra « illogique », et risque de développer une fixation sur certaines pensées. Elle va réagir plutôt que réfléchir, ce qui risque de précipiter des comportements problématiques. Les individus avec un SA ont généralement des difficultés à gérer les situations impliquant les émotions, d’où la nécessité d’une intervention basée sur l’expression, le décodage et la gestion de celles-ci.

L’objectif principal est d’enseigner une variété d’émotions afin que les individus soient en mesure d’exprimer plus exactement ce qu’ils ressentent. Entre la joie et la colère, toute une gamme de sentiments est à découvrir. La rigidité émotionnelle limite l’expérience et l’expression de soi (Attwood, 1999).

Certains individus avec un syndrome d’Asperger détiennent des connaissances techniques face aux émotions mais l’intégration des acquis est généralement plus déficitaire. Dans ce cas, est-ce que seules les connaissances techniques sont nécessaires à la reconnaissance des visages et des émotions ? Pour pallier ces difficultés, plusieurs activités d’enseignement sont fort utiles. Les logiciels Mind-Reading (2002) et The Transporters.com de Simon Baron Cohen (2008), le programme de gestion des émotions Exploring Feelings (Attwood, 2005) et le Cat-Kit (Callisen, Moller Nielsen et Attwood, 2006), permettent d’améliorer la reconnaissance et l’expression émotionnelle, en plus de développer la théorie de la pensée des personnes Asperger. Ces outils et programmes offrent des apprentissages spécifiques comme lire les émotions dans le regard, explorer et gérer ses émotions et reconnaître les signaux corporels liés aux changements émotifs.

À l’aide d’images, de photos et de mises en situations, le participant est appelé à parcourir les émotions, imiter les visages, nommer des situations (et scénarios liés à la gamme des émotions). De plus, il doit explorer la fluctuation des ses émotions au cours de la journée (sur un horaire gradué) et comprendre l’intensité de ces dernières à l’aide de la notion du thermomètre. Une fois ces étapes franchies, les émotions difficiles (colère, tristesse, frustration, anxiété, etc.) sont réparées grâce à la boîte à outil, concept décrit par Attwood (2005). Le travail de restructuration cognitive adapté à la clientèle avec un SA est nécessaire. Ainsi, les schémas de pensées (souvent rigides, négatifs ou automatiques) sont analysés afin d’explorer des alternatives plus réalistes et positives. Cet apprentissage concret permet ensuite d’accéder à l’étape suivante : les habiletés sociales plus avancées.

Le répertoire comportemental Asperger comporte typiquement de nombreux rituels et routinesqui permettent de sécuriser la personne. Ils peuvent devenir problématiques lors des contacts sociaux qui demandent une certaine spontanéité et fluidité. Les habiletés sociales étant peu développées, les relations interpersonnelles en souffriront. La personne avec un SA a tendance à imiter les comportements de ses pairs sans toujours en décoder la complexité. Ainsi, elle peut reproduire un comportement dont elle a été témoin sans tenir compte du contexte.

Les relations interpersonnelles complexes sont souvent incomprises. Lors de conversations ou d’interactions entre plusieurs personnes, l’individu qui présente un syndrome d’Asperger a de la difficulté à décoder tous les messages émis en même temps. Les mots et les phrases à double sens créent chez lui une confusion, ce qui le laisse souvent dans une perplexité totale. Le langage non verbal (qui agit comme langage parallèle) est aussi difficile à capter et ainsi, une conversation peut tourner au cauchemar. Un des moyens d’apprentissage du registre des émotions humaines est de débuter par l’exploration de ses propres niveaux de communication. À l’aide de vignettes ou de mises en situations simples, l’individu doit explorer les différents messages contenus dans une phrase, décoder les émotions et les pensées des personnages.

Plusieurs personnes avec un SA ont le désir d’entrer en relation avec les autres, encore faut-il les accompagner afin qu’elles développent un réseau social, des relations satisfaisantes et un équilibre émotif menant vers une plus grande qualité de vie.

Références

Attwood, T. (2005). Exploring feelings on anger and anxiety.Texas: Future Horizons Inc.

Attwood, T. (1999). Cognitive behaviour therapy to accommodate the cognitive profile of people with Asperger’s syndrome. http://www.tonyattwood.com.au

Baron Cohen, S. (2002). Mind reading: the interactive guide to emotions. Cambridge: Human Emotions.

Baron Cohen, S. (2008). The Transporters.com

Callisen, K, Moller Nielsen, A., et Attwood, T. (2006). The cat-kit. Texas: Future Horizons Inc.et Paris: Asperger Aide France.

Hénault, I. (2006). Sexualité et syndrome d’Asperger. Montréal : Éditions de la Chenelière.

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